Le tradipraticien, un acteur méconnu de la santé publique en Afrique francophone

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La médecine traditionnelle, un choix de soins de santé pour 80 % de la population africaine selon l’OMS


Un tradipraticien est un praticien de la médecine traditionnelle qui se base sur des connaissances et des pratiques ancestrales pour soigner les maladies. Il utilise des plantes médicinales, des remèdes locaux et des techniques de guérison traditionnelles pour traiter les patients. Bien que ces pratiques soient largement utilisées dans les communautés rurales, les tradipraticiens sont souvent marginalisés et ignorés par les autorités sanitaires et les professionnels de la santé formels.

La situation est encore plus complexe en Afrique francophone où la réglementation de l’activité des tradipraticiens est très peu développée. Cela signifie que les pratiques des tradipraticiens ne sont pas toujours soutenues ou reconnues par les autorités sanitaires, ce qui rend difficile leur intégration dans les programmes de santé publique.

Malgré ces difficultés, il est important de reconnaître l’importance des tradipraticiens en Afrique francophone. Leur connaissance approfondie des plantes médicinales et des remèdes locaux peut aider à améliorer l’accès aux soins de santé pour les populations les plus défavorisées. Il est donc crucial de favoriser une collaboration entre les professionnels de la santé formels et les tradipraticiens pour améliorer la santé des populations en Afrique francophone.

Un leader respecté par les membres de sa communauté.

Le tradipraticien est un acteur clé de la santé publique en Afrique francophone, reconnu par les collectivités locales pour ses compétences en matière de diagnostic des maladies et d’administration de soins de santé basés sur des substances végétales, animales ou minérales, ainsi que sur des méthodes traditionnelles fondées sur des croyances socioculturelles et religieuses.

Les 17 pays membres de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle définissent également la notion de tradipraticien, qui inclut les accoucheuses traditionnelles, les herboristes et les tradithérapeutes. Ces praticiens sont souvent organisés en réseaux et peuvent même migrer d’un pays à l’autre pour offrir leurs services dans des domaines spécifiques de la santé.

Le tradipraticien est considéré comme le dépositaire du savoir ancestral qu’il doit transmettre à la société. Les personnes font souvent appel à ses services non seulement en raison de ses connaissances médicales, mais aussi pour obtenir l’opinion des ancêtres. Il est donc important de reconnaître et de valoriser le rôle des tradipraticiens dans les systèmes de santé en Afrique francophone pour améliorer l’accès aux soins de santé pour les populations les plus défavorisées.

Des pratiques douteuses pour les professionnels de la santé formels

Malgré son utilisation courante dans les communautés rurales, l’activité des tradipraticiens est souvent contestée par les professionnels de la médecine conventionnelle. L’une des principales critiques faites à la médecine traditionnelle est son approche méthodologique considérée comme imprécise. Les praticiens de la médecine conventionnelle se demandent si l’utilisation de plantes naturelles ne présente pas de risques importants, notamment en raison de la difficulté à déterminer des dosages appropriés.

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De plus, les professionnels de la médecine conventionnelle perçoivent souvent les tradipraticiens comme une menace pour leur domaine d’expertise, et les regardent avec un mélange de crainte et de mépris. Ils argumentent que seuls leurs principes peuvent garantir l’intérêt général de la santé.

Cependant, ces arguments ne tiennent pas compte des réalités sur le terrain. En effet, l’enthousiasme suscité par l’extension de la médecine conventionnelle a rapidement été tempéré par la révélation des obstacles difficiles à surmonter pour les populations. Il est donc important de reconnaître la valeur de la médecine traditionnelle et de travailler en collaboration avec les tradipraticiens pour améliorer l’accès aux soins de santé pour tous.

Combler les lacunes

La médecine traditionnelle est de plus en plus populaire en Afrique francophone en raison de l’insuffisance d’accès aux médicaments essentiels et du faible pouvoir d’achat des populations. Les frais de visite médicale auprès des médecins peuvent être élevés, allant de 5 à 10 Dollars Américains US, alors que les tradipraticiens peuvent offrir des prestations de qualité acceptable pour une fraction de ce prix.

En outre, les tradipraticiens bénéficient de la légitimité sociale et culturelle de la communauté dans laquelle ils exercent leur activité. Ils contribuent de manière importante à la couverture des soins de santé primaires des populations, en particulier des populations rurales.

Il est important de noter que la santé publique ou santé de la collectivité est le niveau de santé d’une population et regroupe l’ensemble des moyens collectifs susceptibles de promouvoir la santé et d’améliorer les conditions de vie. Les tradipraticiens se dévouent à ces objectifs. Il est également important de souligner que de nombreux médicaments modernes sont préparés à partir de plantes qui ont été utilisées traditionnellement, ce qui montre l’importance des connaissances que les tradipraticiens détiennent.

Malgré ces avantages, la reconnaissance formelle de l’activité de tradipraticien de santé tarde à se concrétiser. Il reste un flou juridique qui est source d’incertitude pour les praticiens et les patients. Il est donc crucial de travailler à une meilleure réglementation et reconnaissance de l’activité des tradipraticiens pour améliorer la santé des populations en Afrique francophone.

Quelle réglementation pour les tradipraticiens ?

Certaines régions d’Afrique francophone ont établi un cadre juridique pour réglementer la pratique de la médecine traditionnelle. C’est le cas notamment au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée équatoriale, au Mali, au Niger et en République centrafricaine. Par exemple, l’article 141, alinéa 2 du code de la santé du Burkina Faso stipule que « l’exercice de la médecine traditionnelle est assuré par un tradipraticien de santé. »

Bien que la pratique soit généralement acceptée par les populations, il est important de trouver des mécanismes pour encadrer l’activité des tradipraticiens, sans remettre en question la légitimité des médecins conventionnels. Selon la juriste Victorine Kuitche Kamgoui, l’absence de réglementation légale ne justifie pas l’assimilation de l’activité des tradipraticiens à l’exercice illégal de la médecine. Il est donc important de trouver des solutions qui évitent de pénaliser les pratiques traditionnelles tout en garantissant la sécurité des patients.

La reconnaissance progressive des tradipraticiens dans les systèmes de santé en Afrique francophone

Le rôle de l’acteur de santé publique du tradipraticien n’est pas nécessairement défini par la loi, mais c’est un constat qui est présent dans diverses régions comme l’Amérique, l’Asie et l’Europe.

En Afrique francophone, cette problématique reflète les crises civilisationnelles que ces pays ont traversées. Historiquement, ces pays ont tous connu une domination étrangère, ce qui a conduit à une hiérarchisation de la médecine moderne par rapport à la médecine traditionnelle. Cette configuration se reflète également dans les activités de codification des règles de vie en société, avec une tendance à reléguer les pratiques traditionnelles au second plan. Il est donc important d’établir des règles claires pour réglementer l’activité des tradipraticiens. Des exemples réussis, comme celui de la médecine traditionnelle chinoise, pourraient inspirer les législateurs.

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